lundi 25 mars 2013

Le festival de l’absurde !

Il m'a été donné à lire des textes, oh combien navrants,  pour justifier la domination de l'homme sur les animaux édités par des revues libertaires qu'elles soient de la Fédération Anarchiste ou de l'Organisation Communiste Libertaire, l'article "Véganisme utopique et veganisme scientifique" en ligne sur le site Vegan Révolution me laisse abasourdi ! 
Vegan Révolution est devenu depuis "La Terre d'abord". Cet article n'étant pas signé, n'étant accompagné d'aucun commentaire de Vegan Révolution ou de La Terre d'abord, on est en droit de penser qu'ils approuvent ce texte dans son intégralité. C'est leur droit mais nous, nous avons beaucoup de critiques à formuler !! 

Ci-dessous, quelques extraits et nos commentaires en rouge foncé.


La brutalité fantastique du capitalisme en ce qui concerne les animaux dans le courant du 20ème siècle - de la production massive de viande aux tests généralisés, etc.- a nécessairement façonné la manière dont les vegans ont conçu leur point de vue.

On a ainsi eu droit à l'accusation - gratuite et violant tout sens historique - comme quoi les mangeurs de viande seraient tous des assassins conscients. Au lieu de mettre la consommation de viande en perspective, de voir en quoi elle est reliée à l'histoire, au mode de production, et particulièrement le mode de production capitaliste, le mouvement vegan s'est enferré dans une radicalité sectaire. 


Si effectivement l’exploitation à l’échelle  industrielle des animaux a permis un début de  prise de conscience sur la question animale que ce soit par un refus de ces méthodes jugées inacceptables  ou mieux  encore par un refus de participer à toutes les formes d’exploitation, ce que l’on nomme donc le veganisme. Toutefois, il est absurde d’accuser le seul capitalisme des maux fait  aux animaux.  Depuis que la domestication existe, c’est-à-dire en des temps fort lointains, les animaux sont exploités, privés de liberté, en un mot nos esclaves. Il n’est que de lire au fil des siècles les témoignages de ceux que cela révoltaient de Pythagore à Louise Michel en passant par Léonard de Vinci.


Replié sur lui-même, le mouvement vegan a ainsi produit, là où il était fort comme aux USA, pays capitaliste s'il en est, le mouvement hardline, qui a pris comme option un idéalisme semi-religieux de défense absolue de la vie, allant jusqu'à défendre le point de vue réactionnaire opposé à l'avortement.

Il y a là une généralité insupportable. Que le mouvement Hardline soit des vegans quasi-religieux et opposé à l’avortement est une chose. Mais cela laisse entendre que forcément tous les vegans sont opposés à l’avortement !

Pourquoi cela? Parce que l'Humanité travaille. Elle seule, grâce au développement de son pouce qui lui a permis le développement de son cerveau, a la capacité de modifier ses propres modes de production, de changer l'ordre "naturel". Aucun autre animal ne peut faire cela, d'où la différenciation entre l'Humanité et les autres animaux.

Le couplet sur la supériorité humaine, supériorité permettant évidemment d’opprimer les animaux ! La justification du spécisme !!


L'idéalisme cherche la différence entre l'Humanité et les animaux - et prétend ne pas la trouver. Les animaux aussi pensent! Les animaux aussi parlent! Les animaux aussi souffrent!
Ce qui est naturellement vrai. Mais c'est un point de vue petit-bourgeois.

Quel raccourci imbécile !! Même si effectivement Jérémy Bentham, artisan du libéralisme a pu dire cela, il est surréaliste de penser que seuls les petits bourgeois sont capable de compassion pour les animaux. Cette ineptie est du même gabarit que celle du pseudo philosophe Luc Ferry qui prétend que les végétariens sont des nazis parce qu’Hitler aurait été végétarien (ce qui est faux en plus !!)

Car l'Humanité ne travaille pas naturellement, passivement, comme se l'imaginent les partisans du capitalisme. Il s'agit d'un processus conscient, ou en voie de conscientisation pour être exact. C'est pourquoi les matérialistes défendent la planification, contre le capitalisme.

L’auteur semble dire que ce qui distincte l’animal de l’homme est le travail. Ce qui est faux puisque certains animaux travaillent soit pour leur propre compte (fourmis, castors etc) d’autres pour l’espèce humaine (chevaux de traits, chiens, animaux dans les cirques etc). Les premiers effectuant un travail consenti répondant aux critères de leurs espèces, les seconds effectuant un travail forcé.
Bien sûr, on pourra affirmer aussi que bien des hommes effectuent un travail forcé et qu’ils n’ont pas vraiment le choix d’accepter ou de refuser. Et que le capitalisme, né des cendres du féodalisme et de la royauté, n’a pas contribué à modifier la conception du travail dont le salariat est une forme d’esclavage moderne mais  il est absurde de dire que  le capitalisme est le seul coupable.

Cela ne doit pas nous étonner. Les partisans de l'antispécisme, qui remettent en cause la notion d'espèce humaine, n'ont aucun sens historique.

On ne remet pas en cause la notion d’espèce humaine mais que les particularités spécifiques de l’espèce humaine ne constituent pas une raison pour soumettre les autres espèces dépourvues de ces particularités (et cela est encore à voir dans bien des cas – intelligence, conscience, mémoire ou encore altruisme et compassion)

 Ils ne voient pas qu'en Egypte antique on vénérait les chats, que dans l'Inde médiévale on vénérait les singes et les vaches.
Oui et alors ?

Les partisans de l'antispécisme ne voient pas que l'humanité a subi des évolutions, que les modes de production ont chacun compris différemment l'existence des animaux. Ainsi ce n'est qu'après la période de communisme primitif, du matriarcat, que les animaux ont été intégrés dans le processus de production alimentaire. Et ce n'est qu'avec le capitalisme que la viande devient une nourriture pour la grande majorité des gens.

Ah bon ! Nous sommes donc vraiment des débiles alors !!  Mais que ne va-t-on pas trouver pour justifier le spécisme et lapider celles et ceux opposé à cette discrimination pas plus justifiable que les autres !

Que dit ainsi Singer, le partisan de Bentham? Que les animaux pensent. Que les animaux parlent. Que les animaux souffrent. Que les animaux ont une personnalité.

Et comme c'est un idéaliste, niant l'apport des Lumières dans le parcours de l'Humanité, au profit de la barbarie libérale, il dit en même temps que jusqu'à 28 jours, les nouveaux-nés n'ont pas de personnalité. Et que donc, on peut s'en débarrasser le cas échéant, car ils ne correspondent pas à la vie telle que sa conception idéaliste la conçoit.

Le même point de vue qui affirme que les animaux ont des droits, car ayant une personnalité, dit ainsi par exemple que les nouveaux-nés humains handicapés sont des "légumes humains" ("human vegetables") et qu'il est correct de s'en débarrasser!

Ce point de vue est naturellement un point de vue fasciste et il ne saurait être accepté. L'espèce humaine a développé l'humanisme, et cet humanisme a justement consisté à s'extraire de l'ordre "naturel".

Singer a tout à fait un point de vue libéral barbare. Il défend le principe libéral voulant qu'il y ait un "ordre naturel", qui s'équilibre naturellement, dans un ordre pur et parfait. C'est la régulation du capitalisme par la main invisible d'Adam Smith ou bien l'équilibre pur et parfait du marché de Pareto, ou bien encore... l'utilitarisme de Bentham, consistant à dire: puisque tout le monde veut être content soyons le ensemble en suivant l'ordre naturel.

Bien des vegans, des antispécistes ne se reconnaissent ni  dans Singer ni dans l’utilitarisme !

Ou comme Bentham le dit: "Chacun compte pour un et nul ne compte pour plus d'un". Le rêve idéalise du citoyen bourgeois rêvant à sa tranquillité. Le fantasme fasciste de "chacun son pavillon".

Oh là ! On peut aussi  voir cette phrase sous un autre angle, en arrêtant de voir des petits bourgeois là où il n’y en a pas ! Si chaque individu compte pour un, c’est-à-dire qu’il n’y a ni supériorité ni infériorité, voici bien une définition pour l’égalité humaine qui pourrait être anarchiste et si on pousse la réflexion  à toutes les espèces on parlera d’égalité animale qui pourrait alors être veganarchiste.

. C'est particulièrement flagrant lorsqu'il assimile, dans un grand délire idéaliste, le mouvement de libération animale avec le "mouvement de libération des Noirs". Singer assimile la libération animale à la suite logique de la libération des Noirs, des femmes, des homosexuels, des minorités en général.

Mais jamais il n'explique cette oppression. Jamais il ne parle du capitalisme. Ce qu'il dit juste, en théoricen libéral avec une éthique qui est celle de la Communauté Européenne aujourd'hui, c'est que ce n'est pas "bien". 

Je suis un farouche opposant au capitalisme  et pourtant je m’insurge sur le fait de faire supporter au seul capitalisme toutes ces déviances que sont les dominations qu’elles soient contre les noirs, contre  les femmes etc et les animaux –ce que l’auteur n’a pas voulu citer ! – A lire cela, le monde était merveilleux avant l’avènement du capitalisme ! Non, il n’a fait qu’affirmer cette tendance (naturelle ?) qu’à l’homme a dominé ce qu’il juge plus faible et dont il ne prend jamais en compte les intérêts. Les opprimés pouvant devenir des oppresseurs, ils sont même très souvent aussi des oppresseurs !
Et pour en revenir à Singer, là,  il a raison. La lutte pour la libération animale, la lutte contre la discrimination spéciste est bien dans la suite logique des luttes pour l’émancipation des noirs, des femmes etc ! N’en déplaise à ce spéciste auteur de ce texte en mal d’argumentation !

Singer est en fait le théoricien du capitalisme poussé jusqu'au bout, jusqu'au monde animal. En faisant ainsi, il nie les classes sociales en rajoutant d'autres individus. Ce qu'a fait le capitalisme américain - diviser les classes en gays, rockers, bikers, fans de baseball, etc. - Singer entend y contribuer en rajoutant des milliards d'individus - les animaux.

Que Singer pense cela est une chose. On peut être vegan et ne pas nier qu’il existe aujourd’hui des classes sociales. D’ailleurs, il ne s’agit pas d’ajouter des milliards d’individus (les animaux) comme une nouvelle classe sociale humaine (le sophisme du droit de vote pour les animaux !!) mais de prendre en compte les intérêts notamment vitaux des animaux comme ceux d’être libre, de ne pas souffrir ou encore de ne pas être tué !
Il y a d’ailleurs un film Eathling dénonçant toutes les formes de maltraitance envers les animaux.  En français Terriens, le titre est très symbolique. La lutte contre le racisme et la lutte contre le sexisme  ont eu comme prétention juste d’inclure dans la communauté des humains les non-blancs pour les premiers et les femmes pour les seconds. Il n’est évidemment pas question d’inclure dans la communauté humaine ce qui n’est pas humain, les animaux. Par contre, nous faisons tous parti d’une communauté plus large, nous sommes les habitants de cette planète Terre, nous sommes tous des terriens animaux humains ou non-humains. Comme il est injustifié de vouloir dominer d’autres humains au sein de la communauté des humains, nous trouvons tout aussi injustifié de dominer d’autres espèces au sein de la communauté des terriens !

Les animaux et les humains sont mis sur le même plan, car ils souffrent et le savent. Les nourrissons n'ont pas conscience (soi disant) de cela, ni les insectes, donc on les met de côté. Une théorie fondamentalement absurde, et qui plus est réactionnaire, comme toutes les théories absurdes produites par le capitalisme.

La non-conscience des nourrissons n’est pas une théorie des vegans, il suffit quand même d’y réfléchir 15 secondes ! Et si Singer a pu écrire cela, cela n’engage que lui !
Cette théorie est sans doute aussi absurde que le racisme. Mais là encore, c’est le capitalisme qui est mis sur le banc des accusés ! C’est quand même oublier que bien des théories, des mouvements politiques plus ou moins pertinents sont nés justement pour se défendre du capitalisme : le socialisme, le communisme et l’anarchie sont-elles des théories absurdes car nés par le capitalisme ?   Aucun de ses mouvements politiques n’existait avec autant de force avant l’arrivée du capitalisme. D’ailleurs, pendant que Bentham préparait le libéralisme en Angleterre, la Révolution Française, se servait du bon peuple affamé pour bâtir une nouvelle société qui n’a jamais supprimé la misère et l’exploitation ! Le lit du libéralisme qu’il soit de droite ou de gauche était fait. Il ne restait plus qu’aux nouveaux tyrans de s’y coucher  de Napoléon 1er à Hollande !!

L'Humanité ne peut pas être compris comme les animaux sont compris, cycliquement. L'Humanité avance de manière ininterrompue. L'Humanité modifie le monde. Elle utilise la science, en étant elle-même la science par sa pratique dans le monde. 

Oui et alors cela peut-il justifier un instant ce comportement que nous avons pour les animaux ! Et à ce moment de ma lecture, je souhaite faire un commentaire, une remise en question de notre prétendue supériorité parce que nous maitrisons les sciences et donc la nature ! Mais nous, c’est qui ? Certes, cela est vrai pour un ensemble devenu un, compact que l’on appelle l’humanité. Mais qu’en est-il des hommes pris individuellement.  Nous nous servons des connaissances apportées par une poignée d’hommes, des génies, au fil des siècles mais sans eux nous ne maîtriserions sans doute pas grand-chose et nous en serions peut-être encore à l’âge de pierre. Alors, il faut relativiser avec notre intelligence et faire un peu preuve de modestie ! Outre l’aspect scientifique, il y a aussi l’aspect éthique, la recherche de la justice et de l’équité. Et là, nous n’avons même pas dépassé l’âge de pierre, comme j’ai tendance à le penser en lisant ce texte !

L'Humanité n'a, si le mode de production capitaliste est dépassé, plus besoin de tuer les animaux pour subvenir à ses besoins.

Nous l’avons vu, tuer des animaux pour subvenir à nos besoins (encore faudrait-il requalifier le mot besoin car en l’occurrence le terme futilité est bien plus approprié !) n’est pas né avec le capitalisme. Celui-ci a amplifié l’horreur en lui donnant une dimension industrielle. Outre donc que le résultat n’est pas garantie, il nous faudrait attendre sagement le matin du grand soir et ne rien dire, rien faire devant l’horreur de l’exploitation animale ! Encore une ineptie d’une gravité déconcertante !